Dépendance affective

LE STRESS DU VENDREDI ET SAMEDI SOIR

 

Que vais-je faire vendredi soir et samedi soir ?! Il faut que j’appelle TOUS mes amis pour savoir ce qu’ils font parce qu’il n’est pas question que je reste seule ces soirées-là ! Pourquoi ? Parce que j’aurais l’impression que personne ne pense à moi, que je suis abandonnée, laissée pour compte, ignorée… Quelle horreur ! Et voilà, je stresse « le blues du vendredi et samedi soir » est enclenché !

 

Pourquoi cette frénésie à organiser des sorties ces deux soirs-là ? Parce que la célibataire ne peut pas imaginer, quand elle souffre de dépendance affective, de passer seule une soirée qui est consacrée aux sorties nocturnes, restaus, bars, amis, petit copain et boîtes de nuit. Ca vous fait peut-être rire, mais pour ces personnes, qui sont en grande majorité des femmes (les hommes sortent seuls plus facilement), l’anxiété les talonnent, dès le mercredi, jusqu’à ce qu’elles trouvent quelque chose à faire. Elles font le tour du carnet d’adresses et traquent ceux ou celles qui pourraient leur proposer une activité. Vivre seul est déjà insupportable pour les personnes qui ressentent un vide, mais c’est inadmissible quand c’est le vendredi et le samedi soir !

 

Je rappelle la définition de la dépendance affective : un vide plus ou moins grand que l’on ressent à l’intérieur, produisant un manque de confiance et d’estime. Et pour certains, cela dégénère en intolérance à la solitude. C’est un moindre mal quand cela se résume aux week-ends, mais c’est un mal quand même. Un déséquilibre qui fait souffrir. Alors il faut sortir, surtout les soirs consacrés particulièrement à cette activité. Mais difficile de sortir seule pour une fille, comme le font si bien les gars, s’asseoir au bar et prendre un verre. La célibataire a besoin de s’accrocher à une autre fille, voire plusieurs, pour passer une soirée dehors. D’ailleurs, les jeudis de 5@7 sont également une hantise car la règle exige que vous sortiez prendre un verre après le travail. Ca rajoute au stress des vendredis et samedis, mais c’est moins grave. C’est rare qu’on vous demande ce que vous avez fait pour le 5@7 du jeudi, alors que la question fatidique est bien de vous demander si vous êtes sortie ce week-end.

 

Est-ce l’espoir de rencontrer quelqu’un ? Pas forcément. C’est surtout l’espoir de ne pas rester seul ces soirs de week-end. Si tu ne sors pas, c’est que tu n’as pas d’amis qui t’invitent et si tu n’as pas d’amis qui t’invitent, c’est que tu n’es pas intéressante. S’étourdir dans les sorties, ça anesthésie la solitude et savoir que des gens t’invitent te rassure : il y a du monde qui tient à toi… peut-être juste pour les sorties ! Parce que quand ta copine de virées nocturnes se trouve un mec, tu restes en plan ! Je l’ai vécu ce blues du vendredi et du samedi soir : qu’est-ce que je faisais, seule devant ma télé, alors que dans des lieux publics d’autres s’amusaient ?! PERSONNE NE M’AIME !!!!!!!! Je n’exagère pas (certaines de mes clientes vont reconnaître leur passé dans cette chronique !) quand je vous dis que c’est une phobie pour certaines personnes que d’envisager de rester seule, à la maison un vendredi ou un samedi soir.

 

Et je leur dis « et si tu pensais qu’on est mardi ou jeudi soir ? ». Bien sûr, ça changerait tout. Car ce n’est pas le jour qui fait mal mais l’idée négative que vous en avez : votre croyance étant qu’il FAUT sortir le vendredi et samedi soir ou au moins un des deux soirs pour exister ! En fin de soirée, vous rentrez avec quelqu’un ou non, vous avez du sexe ou non, de toute façon vous vous couchez tard. Et le lendemain, épuisée, peut-être même déçue de n’avoir rencontré aucun gars « comestible » ou d’avoir regardé l’autre sauter dans son pantalon, au petit jour, pour s’enfuir, après quelques étreintes, comme s’il avait le diable à ses trousses, vous avez « le blues des lendemains de fête » ! Vous avez donc évité le « blues du vendredi et samedi soir » pour tomber dans un autre « blues ». Vous vous retrouvez fatiguée, déçue, cafardeuse, ayant peut-être trop bu, l’estomac à l’envers, migraineuse et incapable de sortir faire du sport ou vous balader. Vous avez vu du monde toute la soirée, discuté, essayé de séduire, dansé, bu, entourée d’une faune rassurante, mais maintenant, sur votre canapé, devant la télé, les yeux presque en face des trous, le bilan est loin d’être positif. Vous avez dépensé de l’argent, dans des plaisirs fugitifs dont il ne reste rien. Sauf un bon mal de tête et un gros cafard…

 

Les sorties, c’est comme l’alcool, le sexe, la bouffe, le jeu et bien d’autres choses qui ne doivent pas devenir une compulsion. Cela doit demeurer du plaisir ! Personne n’est mort d’être resté un vendredi ou samedi soir seul chez lui. Vous êtes devenue dépendante des sorties et si aucune n’est prévue, panique à bord ! Vous remplissez vos soirées, parfois votre lit, comme si votre vie en dépendait. Arrêtez-vous deux minutes et réfléchissez : ça n’est pas important si vous restez chez vous, il y aura d’autres vendredis et d’autres samedis, même s’il faut attendre 5 jours pour ça. Rester tranquille et vous reposer devant un DVD peut être une bonne activité.  Mais vous avez peur d’être jugée quand lundi matin quelqu’un vous demandera au boulot : « Es-tu sortie ce week-end ? ». Quelle question épouvantable quand vous n’avez rien à répondre ! Ils vont TOUS penser que je suis une vieille fille aigrie, que je n’ai pas d’amis, qu’aucun garçon ne s’intéresse à moi, que je n’ai pas de vie !

 

Peut-être qu’ils penseront ainsi, ce qui démontrera simplement qu’ils sont enfermés dans le même processus que vous : Sortir pour vous étourdir, dépenser de l’argent qu’il faudra regagner, barboter dans une foule de dépendants affectifs incapables de rester seul ces soirs-là. Sortir quand cela s’y prête, un rendez-vous galant, parce que vous vous réunissez entre amis, parce que vous avez envie de faire la fête, de vous « lâcher », c’est sympa. Mais sortir tous les vendredis et samedis soirs sinon vous paniquez, est-ce que ça n’allume pas une lumière ? Qui a dit qu’il faut sortir absolument à ces moments-là ? Vous ! La pression que vous vous mettez et qui commence le mercredi vous ronge de l’intérieur, jusqu’à ce que votre carnet de bal soit rempli et vous voilà rassurée. Sans parler des activités que vous voulez absolument trouver pour remplir vos week-ends mais cette fois-ci de jour.

 

Au lieu de vous jeter dans cette mêlée de gens qui parlent fort, sautent partout (dansent !), vous étourdissent de paroles parfois vides et noient leur solitude à travers vous, que diriez-vous de vous reposer ces soirs-là, vous occuper de vous, faire un masque de beauté, vous faire masser et rentrer vous coucher, lire un bon livre, regarder un DVD, aller seule au cinéma, vous détendre, déstresser. Tout simplement prendre soin de vous pour être en forme, à votre meilleur, le jour où vous rencontrerez le meilleur des hommes pour vous. « Qu’as-tu fait ce week-end ? ». Si vous n’avez rien fait, vous voilà encore coincée. Parce que les week-ends aussi doivent être remplis. Sinon, qu’est-ce que les autres vont penser ?! Vous subissez bien des pressions sociales qui vous poussent dans le mauvais sens. Faites donc ce qui vous plaît et laissez tomber les « qu’en dira-t-on » au bénéfice de ce qui vous fait plaisir. Pas grave si vous ne faites rien du week-end : ça m’arrive très souvent ! Je n’ai rien de prévu et rien de prévisible. Quelle liberté ! Et je laisse la place aux surprises, plutôt que tout programmer !

 

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Article publié par:
mini
Pascale Piquet
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